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Jacques, 25 novembre 1924


"Je me rasai de près, brossai mes cheveux roux sans grand succès

et me parfumai le cou."


 

J'avais décidé

Deux années auparavant

Qu'au bal de mes 21 années

Elle saurait mes sentiments.

Alors que ma timidité m'empêchait

Toute forme de discussion

Qu'elle me faisait bégayer

À chaque conversation.

Je me fis le serment

Un soir de mauvais temps

Comme un cri de guerre

Envers mon être tout entier,

Que rien ne saurait faire barrière

À cette promesse insensée

Et que je ne connaîtrais le répit

Dans ma jeune vie

Qu'en travaillant ma diction

Et ma déclaration.


Alors, je suis parti en quête

D’apprentissages

Auprès des plus sages

En commençant par mon frère,

Connu pour ses conquêtes

À la grande peine de ma mère

Toujours très inquiète,

Qu'il ne finisse par faire une famille

Malgré lui.

Il me dit qu’une fille

Se séduisait facilement,

Il fallait simplement

Lui faire un compliment.

Alors pendant deux années

J'ai méticuleusement cherché

Quelle louange me permettrait

De montrer à Jeannette

Que malgré toutes les catherinettes

C'était elle que je voulais.

J'ai écouté chaque conversation

Pour trouver l'inspiration

Si j'avais su lire

J'aurais peut-être su quoi dire.


J’ai fini par demander conseil

Au Père Joël

Qui m'encouragea à prier

Avec sincérité.

Il me dit que l'amour

Ne saurait se réduire à un mot

Et qu'importe mon discours

Elle entendrait à demi-mot

Ce que mon coeur lui disait.



Cette idée me rassura.

Une autre fois, un des garçons

De la mine de charbon

M’avait confié

Qu'il était approprié

D’offrir un bouquet d'hortensia

Au moment de courtiser

Ou de tenter un premier pas.

Alors, ma mère me proposa

De composer le bouquet.

Je refusai

Car je voulais être prêt

À montrer à ma dulcinée

Que je saurais lui en faire cadeau

De nouveau.


Ce matin-là, dans tous mes états,

Je demandai à mon oncle Henri

Son plus bel habit

Celui qu'on garde avec affection

Pour les grandes occasions.

Je me rasai de près,

Brossai mes cheveux roux

Sans grand succès

Et me parfumai le cou.

Mes chaussures avaient été prêtées

Par le voisin d'à côté.

Comme si tout le village finalement

Avait été mis au courant

Et souhaitait m’encourager

Dans cette épopée.

Le soir venu, le bal commença

Mon frère me servit du calva

Notre liqueur de pomme

"Courage, bonhomme"

Me dit-il de toutes ses dents

En m'envoyant

Vers le centre du champ

Où rayonnait ma Jeannette

Qui portait sur la tête

Une couronne de fleurs

Dont le choix des couleurs

La mettait tant en beauté

Que je faillis renoncer.


Je priai un peu

Le bon dieu.

Un bouquet de fleurs noué

Entre mes doigts serrés

Je me rappelai de mes vœux

Et dans un élan courageux

J’avançai d'un pas décidé

Vers ma destinée.


FIN







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